Témoignages de voyageurs et d’expatriés

Le 21 avril dernier, le Sri Lanka a été touché par une série d’attentats visant des hôtels de luxe et des églises qui célébraient Pâques.
Ces attentats d’une rare violence ont ému le monde entier.
Personne encore moins les Sri Lankais qui sortent de 30 ans de guerre, ne s’attendait à de telles atrocités.

Vous étiez très nombreux à visiter l’île au moment de ces attaques, une île normalement paradisiaque qui avait le vent en poupe.

Nous avions décidé vous donner la parole, mais aussi aux expatriés présents au Sri Lanka. A  la suite de ces interviews en toute transparence, vous avez été nombreux à nous faire part de votre désir de, vous aussi, témoigner, parce que ces attaques arrivent partout, parce que la vie doit continuer et parce que, non, le terrorisme ne gagnera pas.

Comme d’habitude, nous ne vous cachons rien.
Les témoignages que vous allez lire ont tous été retransmis tels que et vous verrez que le ressentis et la façon de vivre les choses de chacun est bien différente, mais c’est la leur et nous vous demandons de respecter cela.

Aujourd’hui, retrouvez donc le témoignage de Zoé, une jeune femme de 19 ans partie seule au Sri Lanka et arrivée le jour des attentats.
Vous retrouverez ensuite le témoignage de Florence et Aurélien, venus visiter le Sri Lanka en famille et arrivés seulement quelques heures avant les attaques.
Et pour finir ma chère Préscilia, expatriée au Sri Lanka depuis plus de 4 ans qui en profitera également pour nous dire quelle est la situation sur place en ce moment.

 

Zoé, 19 ans voyageuse solitaire
Au Sri Lanka du 21 avril au 3 mai

 

Comment as tu appris la nouvelle des attentats ?
J’ai appris les nouvelles de l’attentat par mon guide qui m’accompagnait, ainsi que par le nombre de messages de mes proches qui me harcelaient.

Où étais tu pendant les attentats ?
Quand c’est arrivé, j’étais à l’aéroport. Je suis ensuite allée à Negombo, mais à cause de l’attaque je suis ensuite allée à Wattala, un autre quartier de Colombo. Le plus important à ce moment là était de se mettre en sécurité, je me suis donc réfugiée chez une famille Sri Lankaise.

Comment as tu vécu les attentats ?
Je suis une jeune fille de 19 ans voyageant seule avec mon sac à dos, donc au début je ne savais vraiment pas comment réagir face à la situation. Puis nous avions très peu d’informations. Les réseaux sociaux étaient bloqués, il y avait peu de moyens de communiquer. Même en demandant des informations à la famille chez laquelle je m’étais réfugiée, je remarquais qu’ils minimisaient beaucoup les faits. Le dimanche soir ils disaient que « dans 3 jours, tout redeviendra normal ».

As tu songé à rentrer en France ?
Comme je ne savais pas comment réagir face à la situation, je ne savais pas non plus si je devais rentrer en France. J’ai croisé quelques touristes qui s’étaient également réfugiés chez cette famille, ils rentraient tous les uns après les autres. Je ne voulais pas spécialement rentrer en France, mais je ne me sentais pas non plus en sécurité.

Les autorités françaises n’ont pas cherché à te faire rentrer ?
Au début les français étaient assez calmes et disaient un peu quelque chose comme « à vos risques et périls ».
Au final comme j’ai la double nationalité, c’est l’Allemagne qui m’a fait rentrer, donc je n’ai pratiquement rien dû payer pour le billet d’avion.

Globalement que peux tu dire des dispositifs de sécurité mis en place dans les lieux publics, dans la rue ou dans les lieux touristiques ?
Je dois dire qu’à Colombo il y avait énormément de choses mises en place, on était contrôlés à tous les coins de rue, pareil pour les voitures. Surtout à l’aéroport les contrôles étaient très nombreux.
Puis les maisons étaient aussi fouillées.

Ca t’as rassurée tous ces contrôles ?
Oui quand même, ça rassurait de voir qu’ils faisaient attention et qu’ils essayaient de garder la situation sous contrôle.

Comment s’est passé la suite du voyage ?
La suite du voyage n’avait pas grand chose d’extraordinaire. Je devais rester à Colombo, je ne pouvais pas quitter la ville (raisons professionnelles).
Mais je ne pouvais pas non plus sortir seule dans la rue. Il y avait très souvent des couvre-feux.
Je restais donc dans la chambre sans trop savoir quoi faire. J’avais prévu d’aller sur Galle un week-end avec une personne rencontrée sur place, mais celle-ci est partie une nuit à cause de l’alerte orange qui a été déclarée au Sri Lanka.
Je ne voulais pas spécialement y aller seule. Néanmoins après plusieurs jours « enfermée » je sortais de plus en plus à Colombo, j’allais à la plage, aux temples, dans les rues, etc. Plusieurs fois des Sri Lankais me demandaient ce que je faisais encore là, que ce n’était pas sûr et que je devais rentrer en France.
Un des points positifs était que du coup il n’y avait pratiquement plus aucun touriste dans les rues !
J’étais seule dans les temples, sur la plage et dans les marchés.
Après 2 semaines passées à Colombo et sous la pression grandissante de mes proches, je décide de rentrer plus tôt que prévu.
Néanmoins le Sri Lanka est un pays magnifique, avec des personnes très accueillantes. Je songe vraiment à y retourner un jour, quand la situation sera de nouveau stable.

Florence et Aurélien
Voyage en circuit organisé en famille avec 2 enfants

 

Ou étiez-vous pendant les attentats ?
Nous sommes arrivés à 4h du matin le 21 avril à l’aéroport et sommes partis directement dans le sud pour Galle.

Comment avez-vous appris la nouvelle des attentats ?
Nous avons appris les attentats par notre chauffeur Sunil rapidement pendant la visite de Galle puis Emmanuel, le responsable de l’agence qui a organisé notre voyage, nous a appelés.
Nous avons rapidement eu des appels de nos proches famille et amis.

Comment avez-vous vécu les attentats ?
Nous étions loin de Colombo mais dans un hôtel tenu par un français donc qui nous a donné des informations.

Notre famille voulait que vous rentrions en France car ils avaient les nouvelles par la Tv française et nous, nous n’avions pas d’info et les réseaux sociaux étaient bloqués.
Emmanuel, nous a rassurés et on a décidé de continuer car nous étions une semaine dans le sud et pas de temples tout de suite.

Avez-vous tout de même songé à rentrer en France, surtout avec deux enfants ?
Nous n’avons pas trop pensé à rentrer car nous étions dans le sud côté plage au départ et qu’on nous annonçait un aéroport bondé mais après on y a songé dans la partie temple mais c’était très sécurisé.

Comment avez vous expliqué la situation aux enfants ? Ont ils eu conscience de ce qui se passait ?
Nous habitons en région parisienne donc les enfants savent ce que c’est les attentats mais nous leur avons dit sans trop en parler pour ne pas trop les inquiéter et nous avons peu suivi l’actualité.
On en parlait en anglais avec les guides et chauffeur donc les enfants ne comprenaient pas toujours.
Sans leur cacher nous ne voulions pas créer du stress.

Plusieurs personnes m’ont dit que dans le sud, tout était désert et que la tension était palpable, quel est votre ressenti à ce sujet ?
C’était désert environ une semaine après les attentats dans tous les hôtels et sites mais nous n’avons pas ressenti de tension seulement des marchands qui n’avaient plus de touristes. Que nous donc ils nous mettaient plus de pression pour nous faire acheter quelque chose.

Comment avez-vous trouvé les mesures de sécurité mises en place par le gouvernement Sri Lankais ?
Nous nous sommes fait arrêter plusieurs fois sur la route.
Beaucoup de contrôles sur les sites.
A l’hôtel on a ouvert toutes nos valises et à l’aéroport nous avons dû marcher les derniers mètres. Il y avait des militaires et beaucoup de contrôles !
On préfère trop de contrôles que pas assez.

 Comment s’est passé la suite de votre voyage ?
Nous avons passé un bon séjour car en lien régulier avec Emmanuel et beaucoup de contrôles lors des visites mais à partir de la deuxième semaine plus de touristes sur site.

Le Sri Lanka est une très belle destination de voyage


Préscilia, expatriée au Sri Lanka depuis 4 ans.
Propriétaire de l’hôtel Blue turtle

 

Comment as tu appris la nouvelle des attentats ?
Par le JT local.
Et grâce à mon beau-père qui a pu nous traduire les JT

Ton beau père parle Sri Lankais c’est ça ?
Oui, mon beau-père est né au Sri Lanka et a vécu plus de 30 ans en France. Il a la double nationalité. Mon mari est donc français d’origine sri lankaise. Et moi je suis française. Mais seul mon beau-père parle cingalais.

Etant Française et malheureusement, c’est triste à dire, habituée à ce genre d’évènements, t’attendais tu à que ça arrive au Sri Lanka ?
Non pas du tout. Je ne pensais pas que le Sri Lanka pouvait être visé par des attaques terroristes.
Je m’inquiétais plus du contraire. Que les musulmans soient attaqués par les cingalais (suite aux événements survenu à Kandy l’année dernière)

Pourtant le Sri Lanka a un passé douloureux et plusieurs problèmes inter communautés ont déjà eu lieu.
En avais tu déjà entendu parlé ?
Oui bien sûr, honnêtement je ne suis pas très calée sur l’histoire du pays mais je connais évidement son passé. Notamment en ce qui concerne la guerre civile et les massacres entre tamouls et cingalais.
Mais les musulmans étant une minorité ici je ne pensais pas que des attentats islamiques pouvaient arriver.

Comment as tu réagi face à cette nouvelle des attentats ?
Te rendais tu comptes à quel point ces attaques étaient violentes ?

A partir du moment où mon beau-père nous a dit qu’il y avait eu une explosion à Colombo, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de quelque chose de grave.
Je n’avais pas imaginé à quel point ça l’était.
Plus les heures avançaient, plus ils parlaient d’explosions, et plus le nombres de victimes augmentait.
J’ai d’abord pris peur. Nous sommes hôteliers, étrangers, nous sommes de potentielles cibles. J’ai énormément angoissé, j’ai passé cette journée scotchée à mon téléphone pour voir ce qui se passait.
Avec les jours je me suis calmée, mais je ne suis pas complètement sereine.

Tu ne te sens pas sereine ? (interview réalisé le 4 mai 2019) 
Pour le moment c’est encore un peu tôt.
On ne peut pas réellement dire qu’il n’y aura plus d’attentat, ni en France ni dans aucun pays du monde.
Mais je pense qu’on peut plus « facilement »  mettre fin au terrorisme au Sri Lanka, le pays est plus petit que la France et il semblerait qu’ils aient déjà arrêté un grand nombre de personnes.
Le gouvernement prend des mesures (qu’ils auraient dû prendre avant) contre le terrorisme et les groupes islamiques.
2 semaines après les attentats, je ne peux pas déjà me sentir complètement sereine mais c’est pareil lorsque je rentre en France. Selon les endroits où je vais, je ne suis pas toujours sereine non plus.

Vu la grandeur de la catastrophe, as tu songé à rentrer en France ?
Nous sommes propriétaires et nous ne pouvons pas abandonner les lieux comme ça.
Mon beau-père a tout construit, de A à  Z.
Nous avons investi notre argent mais aussi notre temps ici.
Nous ne pouvons donc pas fermer l’hôtel et rentrer en France, ce n’est pas comme si nous étions locataires et même si on l’était, nous ne serions pas rentrés.
Lorsqu’il y a eu les attentats en France, je n’ai pas fuit la France.

Les attentats ont déjà beaucoup impacté le Sri Lanka, comment imagines tu les prochains mois ?
Difficiles.
Les gens ont peur et c’est normal, d’autant plus que les attentats ont clairement montré les faiblesses du gouvernement et de la sécurité du pays.
Les ambassades de nombreux pays conseillent vivement à leurs citoyens de ne pas se rendre au Sri Lanka et tant que les ambassades conseilleront ça, le tourisme restera quasi inexistant. Cela ne fait que 2 semaines, il faut que les choses se tassent, que le Sri Lanka puisse apporter de réelles preuves que le pays est en sécurité.
Mais les prochains mois seront durs pour tout le monde, autant pour les hôteliers que pour les locaux.
Le pays vit principalement du tourisme.

Es-tu retournée en ville depuis les attentats ?
Oui, je suis allée faire mes courses.
J’évite de passer trop temps en ville mais je n’ai pas ressenti d’atmosphère pesante.
Il y a la police a plusieurs endroits, ce qui est rassurant, les gens ne peuvent pas rentrer avec leurs sacs et sont fouillés à l’entrée de certains magasins.
Mais il y avait du monde en ville et la vie semble être normale pour tout le monde.

Qu’as tu pensé des mesures de sécurité mises en place par le gouvernement ?
Je vis dans une petite campagne alors chez moi je pense qu’elles sont moins impressionnantes que dans les grandes villes.
Ce qui me marque le plus ce sont les enfants qui n’ont toujours pas repris l’école, ils ne sont pas non plus plus dans la rue en train de jouer.
Ils restent à la maison, habituellement nous les voyons derrière chez nous jouer dans les champs ou se balader en vélo.
C’est un peu difficile pour moi de voir exactement les mesures qui ont été prises car chez nous à part les check point et les policiers dans la ville, nous ne voyons pas vraiment ce qui est fait.
Mais pour tout ce qui concerne les couvre feux, la fermeture des églises et des écoles, je pense qu’ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour éviter d’autres massacres, maintenant le pays n’était clairement pas préparé à ce type d’attaque donc ce n’est pas évident pour eux de mettre en place une sécurité parfaite.
Mais je pense qu’ils ont tout de même assez vite réagi même si malheureusement ils avaient déjà beaucoup d’infos et que peut-être ils auraient pu éviter le pire, les mesures prise après les attentats me paraissent appropriées.

Bonjour Préscilia, nous t’avons posé ces questions le 4 mai dernier.
Aujourd’hui nous sommes le 27 mai, peux tu nous dire, comment est la situation sur place stp

Aujourd’hui, la situation est calme, je ne me sens plus du tout en insécurité.
Je pense que toutes les mesures ont été prises pour que le pays soit de nouveau en sécurité, même si nulle part au monde on ne peut avoir la certitude qu’il n’y aura pas d’attentats.
Je ne me sens plus en danger ici comme j’ai pu me sentir les jours qui ont suivi les attentats.
Vesak est passé et il n’y a pas eu d’incidents.

Il y a quelques jours il y a eu quelques règlements de comptes à Colombo et alentours mais beaucoup de choses ont été grossies, je m’attendais à plus de débordements et je suis bien contente que ça ne soit pas le cas.

Chez nous il n’y a plus de check point depuis plusieurs jours c’est que la situation est calmée.
Les enfants recommencent à jouer dans notre rue, à sortir à vélo.
En ville il y a toujours eu du monde, même le jour des attentats et les jours suivants, les gens ont continué à sortir, à faire leur courses et à travailler.
Le plus dur est passé, je pense que les services de polices ont bien fait leur travail après les attentats et le plus difficile maintenant sera de faire oublier aux futurs touristes ces malheureux événements afin que le tourisme revienne et change un peu les idées des sri lankais.

Les sri lankais sont un peuple solide, ils ont connu 30 ans de guerre et un tsunami qui a fait de lui le 2ème pays le plus touché après l’Indonésie.

Malgré ça, les habitants gardent leur éternel sourire et leur joie de vivre, ils se relèvent toujours et je ne perdent pas espoir, les gens vont continuer de venir ici, et de partager des moments de vie unique avec la population locale ainsi qu’apprécier les paysages et les lieux magnifiques que nous offre le Sri Lanka.

Voilà, 1 mois après, je suis rassurée, je n’ai plus peur de sortir, et je pense que la situation est maîtrisée, que le gouvernement a pris des leçons sur ce qui s’est passé et qu’ils ne laisseront plus passer des informations de potentiels attentats comme ils ont pu le faire.

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